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La prostitution du jeu vidéo
On ne compte plus les jeux où la campagne ne dépasse pas 20h. Quelques courtes heures de plaisir d’un scénario bâclé, obligeant le joueur à se rabattre dans le mode multijoueur qui est simple à entretenir.
On pourrait réclamer la possibilité de jouer en split-screen (avec manettes USB) ou d’avoir un mode coopération par le réseau pour jouer en campagne. La qualité technique diminue aussi, j’ai par exemple acheté KOTOR II dont le dernier patch (en bêta) date de 2005 : le jeu est à moitié fini. Mais comment faisaient-ils sur Nintendo 64 ?!
L’absence de considération des contributions des clients
Commençons par la propriété intellectuelle. Aujourd’hui, les détenteurs tels que Microsoft n’hésitent pas à menacer des projets qui ne font qu’utiliser leur univers. C’est ce qu’explique l’équipe des BlackMonkeys, créateurs de Galactic Warfare (illustration en début d’article). Il s’agit d’un Mod de conversion totale dans l’univers Star Wars pour Call of Duty 4, ce qui en fait au passage le FPS Star Wars le plus récent. Ils ont eu à créer de toute pièce un groupe de bandes sons « simili Star Wars » sous peine de procès de la part de Sony, détendeur des droits sur les OST Star Wars.
Star Wars Battlefront 2 (2005)
Les rapaces font des modèles économiques pour vache à lait
De nombreux jeux demandent un abonnement. Mais quelle est la légitimité d’un tel modèle économique ? C’est facile de toucher une rente de millions de joueurs quand on s’est contenté d’ajouter quelques objets, quelques skins, bref du contenu qu’on appelait autrefois des « Mods ». En les interdisant, les studios parviennent à vendre du contenu additionnel souvent médiocre.
Au fond rien de tout cela n’aurait d’importance si le joueur était propriétaire du bien qu’il a acheté. Car contrairement à tout objet physique, les jeux vidéo sont avant tout soumis à des licences d’utilisation qui régissent non seulement la copie, mais encadrent aussi l’usage que vous avez le droit d’en faire. Vous n’avez pas le droit de le modifier, ni de l’améliorer, ni de l’utiliser hors ligne si cela n’a pas été prévu.
Aujourd’hui, la plupart des studios ne vendent leurs jeux que « coté client », c’est à dire que si ces jeux comportent un mode multijoueur, ils ne vous permettent plus de créer votre propre partie. Ainsi quand Microsoft a fermé les serveurs de Halo 2, ce sont des millions de joueurs ayant payé 50€ qui ont jeté leur DVD à la poubelle. Une fois la campagne finie il ne restait plus qu’à retourner au menu principal.
Halo 2 (2004)
Discriminations et disparition des campagnes, c’est ça de moins à réfléchir
Autour de 2003, des exclusivités de plateformes sont apparues, avec notamment un décalage de trois ans entre la sortie de Halo 2 sur Xbox et sur PC, un travail bâclé offrant un jeu moche dont le moteur a été salement porté depuis la console. Bilan, des graphismes vieillots pour le prix d’un jeu neuf.
Maigre trophée de l’évolution, les joueurs de Halo 2 PC pouvaient jouer avec leurs homologues sur console, moyennant un forfait mensuel. Désormais en partenariat avec Bungie, Microsoft a tranché que les suites devraient exclusivement sortir sur sa console. Résultat les joueurs PC se sont vu contraints de passer à la caisse avec une console sous le bras pour connaître la suite de l’histoire.
En 2006 Electronic Arts sortait même Battlefield 2142 sans mode campagne ! Que du multijoueur, pour 50€ vous étiez libre de jouer à l’infini avec tous vos amis moutons, créant ainsi vous même la seule valeur ajoutée. Ce modèle de jeu a depuis bien entendu explosé.
Perte de créativité, perte de valeur ajoutée, perte de l’intérêt des joueurs
Microsoft a ensuite acquis tous les droits sur Halo et ils se sont empressés de faire un Remake… non non pas une suite, vous avez bien lu. Ils ont utilisé le moteur graphique du jeu le plus récent combiné aux sources du premier opus pour commercialiser Halo : Anniversary. Moins de cartes, impossibilité de créer une partie en réseau comme c’était le cas sur Halo 1, et hop : 50€ avec le sourire !
Halo Anniversary (2011) | Halo Combat Evolved (2001)
Le remake est un cas d’école parmi les plus grands titres comme Super Mario Bros. (réadapté continuellement), pourtant :
- le matériel ne cesse d’évoluer, dans une course aux cartes graphiques effrénée,
- les joueurs sont des gens qui s’équipent en casques, souris, claviers…
- les univers sont exploités jusqu’à l’usure (ex : la Seconde Guerre Mondiale),
- le prix exorbitant pour de simples copies de DVD rends le milieu plus que rentable.
Verrouillages, Punkbuster, présence du DVD obligatoire, vous aimez ?
Toutes ces pratiques n’ont fait que renforcer le piratage, cela va de soit. Un piratage pas toujours très facile à mettre en place, mais nettement moins contraignant une fois installé, malgré Punkbuster qui est un processus démarré en même temps que la machine et qui ne se gène pas pour transmettre des informations en permanence.
À l’époque où je jouais à Battlefield 2142 (multijoueur only) il m’arrivait d’être kické en pleine partie, suspecté de triche juste à cause de ma latence. Et un autre cas que tout le monde connaît c’est l’obligation d’être connecté à Internet pour jouer en solo. Prenez GTA 4, pas internet pas de campagne, vous devez être loggué pour sauvegarder. Et ceux qui sont en vacances ? Ceux qui ont des déconnexions ? Hein, j’entends pas là.
Battlefield 2142 (2006)
Selon vous le piratage a t-il encore un avenir ? Qui aurait les moyens de payer ses copies de Windows et ses jeux ? Je vous laisse méditer sur le fait que formater vous ferait repasser en caisse toutes les 3 activations.
Blizzard a sorti Diablo 3 la semaine dernière. Du jamais vu. Ça dépasse l’entendement tellement c’est stupide, écoutez bien : les éléments du mode solo sont chargés dynamiquement depuis les serveurs de Blizzard. C’est dingue, non ? Pensez à nos amis Belges qui payent Internet au mégaoctet.
L’époque des jeux jetables
Il fût un temps où même acheter la boite d’un jeu représentait symboliquement la valeur de 50€. Une vague représentation car l’objet lui même n’a que très peu de valeur (le DVD n’est qu’une copie). Une belle boite nous faisait mourir d’impatience jusqu’à la maison. Et il n’y a pas encore si longtemps un livret de jeu faisait jusqu’à 60 pages (IL2 Sturmovik) et introduisait l’univers du jeu. Il est aujourd’hui souvent très court, parsemé de publicité.
Une volonté marketing a fait disparaître ces boites : les constructeurs les remplacent par des boutiques en ligne, tel que sur la PSP GO. Fini la possibilité de se prêter les jeux et fini la revente des jeux d’occasion. Comme pour les imprimantes, ce qui coûte ce n’est pas l’équipement, c’est le consommable. Vous irez donc les acheter neufs et à usage unique, s’il vous plaît.
Microsoft a annoncé que sa prochaine console, la XBOX 720, ne proposerait plus non plus de support physique pour acheter ses jeux. Alors avons nous réellement besoin d’un ordinateur de plus construit par Microsoft, dans le seul but de jouer ?
GTA V (repoussé en 2013)
Les jeux gratuits, ça sent le lubrifiant ?
D’autres concepts ont continué d’apparaître. Forts de leur nouvelle invention (le jeu sans campagne) les éditeurs n’ont donc pas mis longtemps à joindre les deux bouts avec les jeux gratuits à contenu additionnel payant. Vous avez peut-être entendu parler de Play4Free et de Battlefield Heroes, tous deux proposés par EA Games. Le principe : le jeu se télécharge sous forme d’extension dans votre navigateur (compter deux heures) puis un accès multijoueur au moteur graphique du N-1 jeu sorti en rayon vous est proposé, avec le meilleur équipement bridé. Pour évoluer, vous pouvez y passer trois ans sans payer, ou un quart d’heure grâce à Visa-Mastercard et ainsi débloquer de l’équipement.
Ce concept avait été introduit dans Ogame il y a longtemps de cela, mais Blizzard a initié un concept dérivé : la vente réelle d’objets virtuels. Aberrant mais tellement rentable que tous les concurrents ont repris l’idée : items, armes ou décorations sont facturés en euros ou en dollars. L’univers Xbox n’est pas en reste, vous pouvez y acheter des accessoires dont le seul but est d’habiller votre avatar (ce petit personnage qui sautille à l’écran).
XBOX 360 (2005)
L’avenir tourné vers du Cloud Gaming
Au final, tous ces efforts ont quand même un but précis : se passer de la distribution de copies, source du piratage des jeux, et se passer des intermédiaires à la vente en faisant jouer les clients à domicile, directement « en streamming » sur un serveur distant. Cette centralisation est d’autant plus stupide que les récents dénis de services à l’encontre de Sony ont empêché des millions de joueurs d’accéder au Playstation Network, et que les informations personnelles de 70 millions de comptes ont été publiées sur internet.
Voilà pourquoi je n’ai plus acheté un jeu de grande distribution depuis des années. Récemment, on m’a offert Oil Rush, un jeu indépendant multiplateforme avec une campagne et un mode multijoueur qui me permet de créer mes propres parties, sans DRM hors ligne. Prix : 15,19€.
Oil Rush (2012)












Excellent article une fois encore, je n’ai pas le temps d’y apporter un vrai commentaire, mais je voulais te féliciter. Et puis ça m’a fait découvrir Oil Rush qui semble très intéressant ! Moi aussi ça commence à sévèrement me manquer les jeux avec un mode LAN à l’ancienne !